Extraits de l'oeuvre poétique de Denys Mauclair.
Le méditant On le croit revenu d'un long voyage alors qu'il est resté là parfaitement tranquille
Le penseur Ploc ! en plein sur la nuque une grosse goutte d'eau fraîche et le penseur se met à rire
Une autre mémoire Je crois que j'ai toujours aimé l'orage les éclairs comme des plantes instantanées et marcher à grands pas sur une route encore sèche pendant que le tonnerre bat la campagne
En plein jour Matinée froide et bleue lune blanche et bleue branches drues et nues
Continuum Méditer c'est observer en s'observant de façon qu'il n'y ait plus ni observé ni observant
Une nuit Je respire à pleins poumons et je pisse dans la terre en regardant la lune
La création Dieu brillait d'une lumière inimaginable ; mais, Dieu sait pourquoi, il se mit à vouloir la répandre. Ce fut le saut de l'ange, drôle d'oiseau vu de loin, ou d'en bas. « Que le monde soit, que diable ! s'écria-t-il, le temps importe peu....
Un soir Un soir au bord de l'océan sous un ciel qui annonce un orage nous pensons à une révélation et tu me demandes brusquement si c'est bien « la mer » qui fait ce bruit-là comme un mugissement de bête invisible comme une plainte
Le quotidien divin Chaque soir le soleil en disparaissant nous laisse une part de feu pour traverser la nuit
Le chant de l'alouette Le chant de l'alouette suspend le bavardage humain le chant de l'alouette en vol au-dessus de la terre en travail est un verbe incontestable
Le merle parle Se rencontrer mais comment je sais si peu de choses dit le merle alors je sautille je garde mes distances et je siffle
Un moine La porte du monastère est ouverte un moine en sort à vélo pédalant sec pour aller travailler aux champs
Le vent Le vent emporte les dernières feuilles le corps se nettoie
Qui sommes-nous Qui sommes-nous pour la petite écolière tunisienne occupée à nous observer sur le bord du chemin sur la terre sèche des environs de Midoun à Djerba pendant que les femmes drapées à l'antique donnent si bien la réplique aux troncs des...
Indigo Un ciel indigo parachève le 7 février 1999 une haute et parfaite bienveillance nous recouvre et nous absout
Mot à mot Le mot « soleil » réapparaît le mot « terre » le mot « arbre » et ainsi de suite mot à mot le tissu du monde se refait même le mot « homme » redevient possible
Sur la route Les dos d'âne à proximité de Ksar Haddada sont plutôt des bosses de chameau
Rédemption D'est en ouest le soleil se cache derrière le soleil et l'amour est un éblouissement qui absorbe d'un coup tout le malheur des hommes
La voix de nulle part Je suis la lumière qui tient le corps debout je suis la lumière qui parle à travers le corps issu de la nuit des temps et seul le maître de maison qui a su rester vigilant peut m'entendre distinctement
Transparence Dieu nous regardeavec les yeux des enfants et des oiseauxet si nous savons bien nous taire un peuil regarde aussi les enfants et les oiseauxde par le mondeavec nos propres yeux
Les bruits de la marche sans hâte à travers la nuit le souffle régulier ne se détachent plus des autres bruits et souffles
Le pin parasol Je regarde le pin et je pense au temps qu'il faut pour que l'esprit se réalise et continue cependant de se nourrir du sol obscur qui l'a fait naître
Presque rien Une toute petite fille paumes tournées vers le ciel tire la langue pour goûter la pluie qui commence à tomber
Une claire vision Je n'ai pas cherché à le voir mais il était bien là au milieu de rien dans une autre lumière brillant et irréfutable un Bouddha hors du temps qui me disait quelque chose silencieusement
Dans le soleil a volé en éclatsle labyrinthe auminotaure in-trouvable la prisonde la penséeinvraisemblableet de la marcheimaginaire